Été 2026 – 1er programme
VIVALDI – CLARKE – LEONARDA – BRAHMS
Ce programme célèbre les quatre cents ans de la naissance de Madame de Sévigné en mettant à l’honneur le rôle des femmes dans la musique occidentale à travers cinq siècles. Les œuvres choisies illustrent cette thématique sous différents angles : compositions écrites par des femmes, pièces destinées à des musiciennes, ou encore œuvres nées d’une collaboration avec une femme.
Le concert réunit ainsi le Concerto pour quatre violons de Vivaldi, écrit pour les orphelines musiciennes de l’Ospedale della Pietà à Venise, le Poem de la compositrice anglaise Rebecca Clarke, une sonate en trio d’Isabella Leonarda, contemporaine de Madame de Sévigné et compositrice au sein de son couvent d’Ursulines, et enfin le Premier Sextuor de Brahms, œuvre dont la genèse est intimement liée à ses échanges avec Clara Schumann. → Lire l’introduction au programme
Programme
Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto pour quatre violons en si mineur op. 3 n° 10, RV 580 (1712)
Rebecca Clarke (1886-1979)
« Poem » pour quatuor à cordes (1926)
Isabella Leonarda (1620-1704)
Sonate en trio op. 16 (1683)

Johannes Brahms (1833-1897)
Sextuor n° 1 en Si bémol majeur op. 18 (1860)
Dates et lieux
Samedi 8 août 2026 – 20h30
Bonlieu-sur-Roubion, Cloître de la basilique Sainte-Anne
Dimanche 9 août 2026 – 21h00
Grignan, Château
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Introduction au premier programme
Pour les festivités commémorent les quatre cents ans de la naissance de Madame de Sévigné, nous proposons un programme mettant l’activité féminine dans la musique occidentale durant les cinq derniers siècles à l’honneur. Ainsi seront jouées des œuvres écrites par des compositrices, mais également des pièces destinées à des musiciennes et des compositions élaborées en complicité avec une femme.
Antonio Vivaldi a travaillé entre 1703 et 1717 pour l’Ospedale della Pietà à Venise dans lequel des orphelines recevaient une éducation musicale de tout premier ordre. Le compositeur y enseigne, dirige ses œuvres, mais doit avant tout écrire pour ces jeunes filles des concertos qui sont exécutés tous les dimanches et lors des fêtes. Son recueil opus 3, édité vers 1712, L’Estro armonico (L’invention harmonique) contient plusieurs concertos pour quatre violons dont le numéro 10 qui séduit par le caractère majestueux du premier mouvement et la virtuosité dansante du finale. Deux hommes et deux femmes seront nos solistes pour cette œuvre, reflétant ainsi la parité que le programme nous offre au-delà de son thème résolument féminin.
Le Poem de l’anglaise Rebecca Clarke nous amène dans la première moitié du dernier siècle avec une composition très expressive, voire bouleversante, basée sur un thème simple repris par chacun des protagonistes. Cette compositrice a quasi exclusivement écrit de la musique de chambre, servant particulièrement son instrument, l’alto. En intégrant le Queen’s Hall Orchestra en 1912, elle a été une des premières musiciennes professionnelles dans son pays. Mais, lors de son vivant, ses œuvres n’ont pas rencontré le succès qu’ils méritent. En guise d’exemple des nombreuses déceptions qu’elle a pu vivre en tant que compositrice, voici un incident survenu aux Etats-Unis en 1918 : lors de la création de quelques-unes de ses œuvres, un journaliste relève surtout la pièce écrite sous un pseudonyme masculin, faisant très peu mention de toutes les autres pièces de Clarke.
Contemporaine de Madame de Sévigné et comme elle issue d’une famille noble, Isabella Leonarda reçoit une solide éducation musicale dans le couvent d’Ursulines qu’elle a intégré à l’âge de 16 ans. Tout au long de sa vie monastique elle compose des œuvres pour le quotidien des religieuses, avant tout des œuvres vocales, messes et motets. Mais parmi les 20 opus qui nous sont parvenus elle a également laissé des œuvres profanes et instrumentales dont la sonate en trio que nous entendrons lors du premier programme.
Pendant sa longue carrière de compositeur, Johannes Brahms a souvent tenu a prendre conseil auprès de sa « bien-aimée Clara (Schumann) ». Comme cette dernière avait la double compétence d’interprète et de compositrice, il accordait beaucoup d’importance à son jugement et corrige ou réécrit certaines pièces à sa demande.
Dans une lettre du 9 novembre 1859, Brahms annonce à son amie l’envoi d’un premier mouvement de sextuor. C’est sa première mention de cette œuvre et le fait qu’il expédie seulement de début de l’œuvre montre alors qu’il est en pleine création. Le 26 du même mois, Brahms demande à son amie si elle a bien reçu le manuscrit. Par la suite, il n’y a plus de trace de travail sur le sextuor dans leur correspondance (tout au moins dans les lettres qui nous sont parvenues, on sait que Brahms a détruit une bonne partie des lettres de Clara). Comme les deux amis ont l’occasion de se voir à plusieurs reprises entre novembre 1859 et la date de la première (octobre 1860), ils ont pu échanger à ce sujet plus aisément.
Pour l’anniversaire de Clara en septembre 1860, Brahms offre à son amie une transcription pour piano seul du mouvement lent de son œuvre fraîchement achevée. Ce sera là une version que Brahms interprétera souvent lui-même lors de ses concerts.
La version originale pour sextuor à cordes (deux violons, deux altos et deux violoncelles) séduit par ses sonorités orchestrales et la prééminence de son écriture mélodique. Les quatre mouvements nous proposent un parcours riche en émotions contrastantes, notamment par le passage de l’austère et complexe mouvement lent au scherzo qui amène avec simplicité une grande gaîté lumineuse. Le rondo final déploie un lyrisme serein avant de faire exploser cette retenue dans un très court feu d’artifice.


