Été 2026 – 2e programme
SCHUMANN – SOHY – BLUCHE – LE BEAU
Au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, trois femmes ont mené de front, malgré les obstacles de leur époque, une carrière d’interprète et de compositrice. Clara Schumann, enfant prodige célébrée dans toutes les capitales d’Europe ; la Française Charlotte Sohy, formée à la Schola cantorum et jouée par Fauré, Dukas et Ravel ; l’Allemande Luise Le Beau enfin, devenue pianiste professionnelle dès dix-huit ans et un temps élève de Clara Schumann. → Lire l’introduction au programme
Programme
Clara Schumann (1819-1896)
Trio avec piano en sol mineur op. 17 (version 1846)
Charlotte Sohy (1887-1955)
Quatuor à cordes n° 1 (1933), 1ᵉʳ et 3ᵉ mouvement

Béla Bluche (*1999)
Pièce pour cordes graves (2026)
Commande de l'APAS
Luise Adolpha Le Beau (1850-1927)
Quatuor avec piano op. 28 (1882)
Dates et lieux
Jeudi 13 août 2026 – 20h30
Suze-la-Rousse, Château, Cour d’honneur
Vendredi 14 août 2026 – 20h30
Roussas, Sanctuaire Saint-Joseph
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Quelques notes concernant le deuxième programme
Sa carrière d’enfant prodigue a mené Clara Schumann dans toutes les capitales d’Europe. Elle y interprétait les œuvres virtuoses en vogue mais aussi des pièces de sa propre main. Ses premières compositions éditées datent de 1829, elle avait alors 10 ans. Son père encourageait son activité de compositrice et Robert l’a par la suite également soutenu dans cette activité. La rencontre du couple Schumann avec Johannes Brahms en 1853 déclenche chez Clara une dernière grande phase créatrice. Après la mort de son époux en 1856, elle se consacrera avant tout à l’édition et à la transcription des œuvres de son défunt mari. Ayant abandonnée son activité de compositrice, elle n’interprètera plus ses œuvres en concert qui tomberont ainsi dans l’oubli. C’est seulement dans les années 1960 qu’un travail important a été entrepris sur l’ensemble de son œuvre. Par la suite, les interprètes se sont emparés avec bonheur de sa création, notamment de celle pour piano et pour la musique de chambre.
Clara Schumann nous a laissé une quarantaine d’opus, avant tout pour le piano, dont un concerto. En 1846, à l’âge de 27 ans, influencée par les compositions de son mari et de ceux d’un ami, Felix Mendelssohn-Bartholdy, Clara compose un trio qu’elle créera elle-même avec des amis. Cette œuvre est aujourd’hui considérée comme une de ses meilleures contributions à la musique de chambre. Dans son journal intime, elle note pendant le travail : « Il n’y a pas plus grand bonheur que de composer soi-même et de pouvoir entendre ensuite ce que l’on a créé. » Il est attesté que Robert est de son côté très influencé par l’œuvre de sa femme quand il écrira son premier trio avec piano op. 63, une année plus tard.
Fille d’industriels, Charlotte Sohy reçoit une éducation musicale de tout premier ordre, à la Schola cantorum avec Louis Vierne pour l’orgue et Vincent D’Indy pour la composition. Au début du 20ème siècle, la musique de la toute jeune compositrice est interprétée par Paul Dukas, Gabriel Fauré et aussi par Maurice Ravel dans le salon de Marguarite de Saint Marceaux. Par la suite, Charlotte se liera d’amitié avec Nadia Boulanger, figure incontournable de l’entre-deux-guerres. Comme Clara Schumann, elle épouse un compositeur, Marcel Labey, et aura, non huit, mais sept enfants.
Charlotte Sohy nous laisse une œuvre très diversifiée, des messes, de la musique de chambre, des pièces pour piano, mais aussi une symphonie. Dans la lignée de son maître d’Indy et, comme lui, influencée par Wagner, son style peut être qualifié de néo‑romantique. Après la première guerre mondiale, de nouveaux courants musicaux se font jour et les œuvres de Sohy tombent dans l’oubli. A la fin du siècle, ses œuvres sont redécouvertes, éditées et sa symphonie « Grande guerre » est créé en 2019. De tout récents enregistrements nous permettent aujourd’hui d’apprécier son œuvre injustement délaissée.
Fait rare à la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, les parents de Luise Le Beau soutiennent son souhait de devenir musicienne. Elle bénéficie dans sa ville natale, à Rastatt dans le Grand-Duché de Bade, d’une très bonne formation et peut se produire en concert en tant que pianiste professionnelle dès l’âge de 18 ans. Elle prendra d’ailleurs plus tard quelques cours auprès de Clara Schumann pour parfaire sa technique. Mais elle entend élargir ses compétences et prend des cours de composition auprès d’un professeur réputé, Joseph Rheinberger. Ensuite, à côté des grands noms de l’époque, elle défendra dans ses concerts ses propres œuvres. Ainsi, il n’est pas surprenant qu’elle ait surtout laissé des compositions pour le piano, notamment de la musique de chambre avec piano. Mais elle a également abordé tous les autres genres de la musique, le lied, la symphonie, le concerto, l’opéra et la musique sacrée. Au cours de sa longue carrière, elle a pu rencontrer les plus grands compositeurs de son époque comme Franz Liszt, Johannes Brahms et Richard Wagner. Elle nous en parle dans ses Mémoires d’une compositrice, titre qui indique bien l’importance centrale que ce métier tient dans sa vie.
Son quatuor est créé en 1883 dans la salle mythique du Gewandhaus à Leipzig. Son interprétation, et notamment la partie du piano qui est tenue par la compositrice remporte un grand succès et de bonnes critiques.


